Publié par AJFER - Nou Lé Kapab

Deux enjeux sont à considérés: d'une part l'accès aux soins, d'autre part, la santé publique. Ils nécessitent des mesures d'ampleur et coordonnées. Depuis plusieurs années, la situation des jeunes se précarise. Cela a des effets sur sa santé et son recours au système de soins.

 

Accès aux soins : la spécificité des jeunes n'est pas pris en compte

 

Aujourd'hui, un jeune sur deux est au chômage, 52% de la population réunionnaise vit en dessous du seuil de pauvreté, un étudiant sur deux est boursier et que parmi eux 70% le sont à échelon maximum.

 

La situation sociale des jeunes déjà fragile continue à se détériorer au fil des années.

 

Sur le territoire nationale, on estime à + 5,9% l'augmentation du cout de la vie pour les étudiants sur cette année universitaire. Or, on sait que ce cout de la vie est plus élevé à la Réunion.

 

Les dépenses en matière de soins apparaissent alors comme des éléments qui amplifient la précarité.

 

La cotisation au régime étudiant de sécurité sociale obligatoire augmente chaque année amenant ainsi à une évolution de + 12% depuis 2002.

 

Ainsi, selon une enquête de La Mutuelle Des Étudiants, 23% des étudiants renoncent à des soins pour des raisons financières, demeurant ainsi le premier obstacle à l'accès aux soins.

 

Le cout de la complémentaire santé est aussi un obstacle. 13% des étudiants entre 20 et 29 ans déclarent ne pas bénéficier d'une couverture maladie complémentaire.

 

On notera que les premiers soins visés sont les soins dentaires et ophtalmologique qui sont les moins bien remboursés par l'Assurance maladie et que les organismes complémentaires ont du mal a prendre en charge de manière compatible à la situation financière des jeunes.

 

Les franchises médicales et les divers déremboursements de l'Assurance maladie ont aussi durement touché les jeunes déjà socialement fragiles.

 

L'augmentation de la taxe CMU sur le chiffre d'affaire des organismes proposant des complémentaires santés en plus ne va pas dans le bon sens. En effet, à travers cette taxe, ce sont les adhérents qui subiront de plein fouet les conséquences soit l'augmentation des cotisations aux complémentaires santés qui au pire des cas emmènera à un renoncement des soins.

 

Cependant, le manque de données chiffrées, le désintéressement total de l'État sur la santé des jeunes ne nous permettent pas de faire un bilan approfondi sur la situation sociale des étudiants réunionnais. On ne peut continuer à ignorer ces spécificités.

 

La politique volontariste d'éducation à la santé: besoin de moyens

 

Concernant l'éducation à la santé, nous devons bien considéré que c'est lorsque l'on est jeune que l'on établit nos habitudes de santé. Les conclusions des états généraux insiste sur le développement d' « une politique volontariste de prévention et d'éducation à la santé », c'est une bonne chose mais il est maintenant primordial de se donner les moyens d'arriver à nos objectifs.

 

Les mesures prohibitives sont à tempérer car l'Histoire a montré son inefficacité, c'est bel et bien l'éducation qui doit être le moteur du combat.

 

Puis, pour mener à bien cette éducation à la santé, des mesures doivent être prises afin de trouver une certaine cohésion entre les différentes campagnes de prévention.

 

Les associations (Planning familial, par exemple) jouent un grand rôle notamment en ce qui concerne la proximité, la convivialité. On doit aujourd'hui leur donner les poyens de leur objectif. Pour le moment, elles continuent à subir des diminutions de budget, un manque cruel de moyens et essaie tant bien que mal de continuer à mener leurs missions de prévention.

 

Les médecines préventives universitaires doivent être au plus proche des étudiants en ce qui concerne la prévention. La réforme des MPU est essentielle pour étendre l'accès aux soins des étudiants et jouer la proximité. Elle doit permettre aux MPU de dispenser des consultations et des prescriptions, en particulier en matière de gynécologie et psychologie.

Ces différents acteurs remplissent une fonction irremplaçable dans l'éducation à la santé car souvent est réalisée par les pairs, en collaboration avec les professionnels de santé et de la prévention.

 

Les études de médecine

 

La création d'un CHU à La Réunion est plus que nécessaire et doit être accompagné comme cela est prévu d'un numerus clausus adapté aux besoins de la zone. Pour cela, un état des lieux doit être dressé afin de déterminer au mieux les besoins de la zone Océan Indien en personnel médical.

 

Il convient aussi de déterminer le rôle et les missions de l'institut de formation aux métiers de la santé, avec notamment la date d'ouverture des formations.

 

Nous rappelons que la santé ne se résume pas aux soins. En effet, le domaine de la santé regroupe une prise en charge globale, de la prévention à l'accompagnement après le traitement. L'aide à la personne s'intègre parfaitement dans ce domaine et des formations ciblées et accessibles doivent permettre de répondre aux mieux à ses besoins.

 

Des mesures urgentes pour dans le domaine de la santé

  1. Établir un état des lieux. Même si l'on se doute d'une situation sanitaire et sociale difficile, le manque de données concernant la relation des jeunes face à la santé, est un premier frein à la mise en place de mesures adaptées et efficaces en vue de l'amélioration des conditions de vie.
  2. Un chèque santé pour aider à la souscription d'une complémentaire santé. Aujourd'hui, aucun dispositif adapté à la spécificité des jeunes ne leur permet de bénéficier d'une telle aide. L'ACS est attribué en fonction du foyer fiscal mais les jeunes sont très peu nombreux à faire leur propre déclaration fiscale.
  3. L'exonération des franchises médicales pour les jeunes. Ce public fragile ne doit pas être pénalisé par les déremboursements successifs.
  4. Financer la transformation des Médecines préventives Universitaires en centres de santé. Un an après les déclarations ministérielles, le manque de financements et d'accompagnement font qu'aujourd'hui aucune université n'a véritablement enclenché le processus de transformation de sa MPU en centre de santé. Pourtant, le dispositif n'était évalué qu'à 3 millions d'euros par an pour l'État et l'Assurance maladie.
  5. Le gel de la cotisation obligatoire au régime de sécurité sociale.
  6. Réhabiliter le financement des moyens de contraception à destination des MPU. Depuis plus d'un an, le Conseil Général de la Réunion a cessé de financer les moyens de contraception en direction des MPU. De telles décisions sont regrettables car elles vont à l'encontre de la proximité offerte par les MPU. Sur des problématiques de telle ampleur, on ne peut se permettre de supprimer les moyens.
  7. Donner les moyens aux acteurs de prévention et notamment aux acteurs de terrain. C'est uniquement de cette façon, en donnant les moyens aux acteurs de terrain, à ceux qui vont à la rencontre de la population, qu'on parviendra à informer, diagnostiquer les situations à risques et prévenir leur aggravation en apportant une réponse médicale de proximité.
  8. Organisation de la prévention. Les campagnes nationales seraient probablement plus efficaces si elles étaient menées et décidés par l'ensemble des acteurs de santé. Cela permettrait de sensibiliser l'ensemble de la population sur une thématique. Cependant, ce travail commun n'est possible qu'à la condition d'un maillage territorial des acteurs de santé. La campagne menée au national doit pouvoir arriver dans chaque maison via des relais. Les médias ont aussi un rôle important à jouer.

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