Publié par AJFER - Nou Lé Kapab

A partir de septembre 2013, la "garantie" jeunes sera proposée aux 18-25 ans en situation de précarité et qui ne sont ni en emploi, ni en formation. Elle propose un accompagnement, des propositions de formation ou d’emploi et une allocation équivalent au RSA.  La mesure n’est pas très bien accueillie à la Réunion où 22 510 jeunes de moins de 25 ans sont inscrits au Pôle Emploi.

Manif étudiante (Toniox)

 

Une allocation équivalente au RSA pour les 18-25 ans : c’est une des mesures-phares du plan gouvernemental contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. L’instauration de cette "garantie jeunes" se fera à compter de septembre 2013 dans dix territoires, puis généralisée à toute la France (Outre-Mer compris). Matignon n’a pas encore arrêté la liste des régions qui vont expérimenter la nouvelle mesure dans sept mois. On sait d’ores et déjà que cette "garantie" touchera les jeunes majeurs "ni en emploi, ni en formation, en situation d’isolement et de grande précarité". Ils signeront un contrat d’un an renouvelable avec un organisme public chargé de l’emploi, auront droit à un accompagnement intensif, à des propositions adaptées de formation ou d’emploi et à une allocation d’un montant équivalent au RSA (483,24 euros mensuels depuis le 1er janvier 2013). Dans la rue, les avis sont partagés. Certains saluent cette aide. D’autres refusent toute forme d’assistanat (voir par ailleurs).

 

"Les jeunes veulent travailler"

 

Une ambiance mitigée qu’on retrouve également dans le milieu associatif. "Ce nouveau dispositif peut être une chance pour de nombreux jeunes de la Réunion", indique d’emblée Aristide Payet, le président de l’Udaf 974. "Il est vrai que les moins de 25 ans qui ne travaillent pas n’ont pas de ressources, ne sont pas bénéficiaires du RSA. Le souhait de ces jeunes, c’est bien évidemment de percevoir des ressources. C’est une revendication permanente ! L’instauration d’une "garantie" jeunes peut être une bonne mesure si les conditions de mise en œuvre sont strictement respectées. S’il s’agit d’un contrat ouvrant droit à une allocation, mais, à un accompagnement intensif, à des propositions adaptées de formation ou d’emploi, il serait intéressant que la Réunion fasse partie des dix territoires retenus pour l’expérimentation."

 

Le président Payet fait toutefois remarquer, que dans l’île, de nombreux jeunes sont sans emploi, surtout les moins de 25 ans. "Parmi eux, nombreux ont des diplômes et ils veulent travailler", insiste-t-il . "L’Etat a déjà mis en place les contrats d’avenir. C’est une bonne chose mais le nombre retenu pour la Réunion ne couvre pas l’ensemble des moins de 25 ans sans emploi", note-t-il encore. Gilles Leperlier, président de l’Ajfer-Nou Lé Kapab rappelle, qu’en trente ans, pas moins de 80 mesures ont été prises en faveur de l’emploi. Il s’interroge également sur l’objectif réel de cette "garantie" jeunes. "Si on accompagne les jeunes, si on pérennise l’emploi, oui ! Que fait-on pour les chômeurs diplômés qui attendent d’avoir un travail ? Ils vont rester à terre…", souligne-t-il, dénonçant "une inégalité" et proposant de "favoriser la formation en fonction des besoins de la société".

 

100 000 personnes visées

 

Pour lui, "le vrai problème, c’est la formation et l’autonomie. Pour se former, il faut une aide financière". Or, beaucoup de jeunes arrêtent les études après le Bac par manque d’argent. "On ne cherche pas ce qui n’existe pas. On est déjà dans une situation de pénurie d’emploi et de formation", commente amèrement Jean-Hugues Ratenon qui note un air de déjà-vu. "Cette mesure n’est pas bonne pour la Réunion. Ce n’est pas en donnant une allocation à un jeune qu’il aura une formation ou un emploi. Qu’on arrête de blesser la jeunesse réunionnaise".


Le président de l’Alliance des réunionnais contre la pauvreté (ARCP) milite plutôt pour "un dispositif plus généralisé de création d’emploi" en développant La Réunion. "Il faut faire de la prévention, donner les moyens aux jeunes, et éviter toute rupture dans l’acquisition du savoir". Le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault avance déjà le chiffre de 100 000 personnes concernées par sa nouvelle "garantie jeunes". Combien à la Réunion ? Le maximum, chacun l’espère. Ici, le taux de chômage atteint 60% chez les jeunes, contre 23% en métropole. Il y avait en effet 20 430 chômeurs de moins de 25 ans (catégorie A) inscrits au Pôle emploi à fin octobre 2012. 


Juliane Ponin-Ballom - Clicanoo.re - 23 janvier 2013

 

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