Partager l'article ! EXCLUSIF : Témoignages d’un jeune Réunionnais expatrié en Métropole : « Combien de temps encore vais-je devoir supporter cette vie que je n’a ...
Cette semaine, nous souhaitons vous faire partager le ressenti d’un de ces nombreux Réunionnais parti pour cause de chômage à la Réunion. Aujourd’hui en emploi, l’objectif est atteint mais à quel prix ?
« Je suis ce qu’on peut appeler un produit de la mobilité. Réunionnais et fier de l’être, j’ai vite été confronté au problème du chômage à la Réunion. Suite à la réussite à un concours en vue d’intégrer la fonction publique, j’ai du quitté mon île pour suivre une formation afin de pouvoir ensuite exercer. C’est donc en 2006, à l’âge de 20 ans, que je m’envole vers la métropole pour devenir gardien de la paix de la Police Nationale.
J’ai bénéficié d’aides et de conseils pour mon départ. Je remercie au passage le Comité National d’Accueil et d’Actions pour les Réunionnais en Mobilité, le CNARM. Billet d’avion aller payé, tickets restaurant, et prime à l’arrivée en métropole, prise en charge à l’aéroport à Paris. Bref, je me suis senti aidé et soutenu malgré le sentiment de déchirement d’avoir quitté ma famille.
Un an plus tard, fin de la formation, je suis affecté en région parisienne, comme bon nombre de mes collègues. Malheureusement je ne connais personne sur Paris, comme bon nombre de mes collègues et compatriotes. C’est le début d’une période stressante : trouver un logement, et découvrir la banlieue, environnement complètement différent de ce que j’ai toujours connu.
Et là il faut se débrouiller comme on peut.
Première étape : trouver un endroit où dormir, à 21 ans, je peux dire que j’ai été sans domicile fixe pendant un mois. Mais je vous rassure, je n’ai pas dormi à la belle étoile.
Deuxième étape : trouver un domicile. Les agences immobilières qui exigent un revenu de trois fois le montant du loyer, malgré les loyers élevés en région parisienne, exigent des garants solides sur le territoire métropolitain. Bref, je me suis senti seul, face à ses difficultés qui m’étaient jusque là totalement inconnues. Mais je dois faire face, je n’ai pas le choix.
C’à y est, j’ai un appartement !!! Je reprends des couleurs !!! C’est maintenant le début d’une longue période monotone : boulot, dodo. Les jours passent et je ne pense qu’à une chose, des vacances à la Réunion, retrouver ma famille, mes amis, la chaleur de mon ile. Le billet approche les 1000 euros, pour un séjour de trois semaines. Je me questionne alors : pourquoi les billets sont aussi chers ? Ai-je droit à des aides ?
C’est la fin de mes premières vacances, que je passe sur mon ile. Nouveau déchirement de quitter ma famille, je vois les larmes dans les yeux de ma mère, je retiens les miennes, et je les lâches une fois seul dans la salle d’embarquement. Je ne veux pas qu’elle sache ce que je ressens au quotidien. Comment s’épanouir loin de sa famille ? Comment s’épanouir loin de ce qui a compté pour moi pendant 20 ans ? Pourquoi vivre loin des siens ? Ha oui, tout ça pour éviter le chômage à la Réunion. Je me dis que je serai heureux quand je serai muté à la Réunion, peut être dans 10 ans, avec un peu de chance. Alors je serre les dents en attendant que le plus beau jour de ma vie arrive.
L’administration prend en compte les ultra-marins, j’ai donc droit à des congés bonifiés, tous les 3 ans je peux cumuler 2 mois de vacances, le billet d’avion est payé par l’administration. Mais voilà qu’aujourd’hui j’entends des bruits de couloirs, rien de sûr, qui dit que les congés bonifiés sont amenés à disparaitre.
Au quotidien, j’éprouve toujours les mêmes sentiments. Je ne pense qu’à rentrer chez moi. Je me pose toujours les mêmes questions. Comment faire pour accélérer la mutation ? Je me tiens au courant de ce qui se passe à la Réunion, et j’entends qu’on parle d’un manque de fonctionnaires de police à la Réunion, et je m’insurge.
Pourquoi les originaires ne sont pas prioritaires pour la mutation dans leur département d’origine ? Faut-il changer le système actuel de mutation ? Pourquoi les politiques locaux n’interviennent pas ? Combien de temps encore vais-je devoir supporter cette vie que je n’aime pas ? Des fois je préfère ne pas me poser de questions… »
C'est bien triste ta situation de "gardien de la paix". Si jeune et dèja fatigué et sans ressort. Attendre 3 ans pour revenir en vacances bonifiés avion payé, dur dur...
De mon coté, je suis resté à Paris de 1965 à 2001. 36 ans à bosser dans le privé...Alors tu devrais regarder le sort des émigrés africains clandestins et prendre de la graine. Voila des gens qui sont courageux.