Publié par AJFER - Nou Lé Kapab

51% de postes de la fonction publique occupés par des personnes de l'hexagone, 10% des postes dans l'education nationale réservés aux réunionnais et 55% des offres d'emploi ne passent pas par le Pôle emploi : L'Ajfer-Nou Le Kapab lance un appel aux associations, aux élus, aux syndicats afin qu'ils participent massivement à un rassemblement le 20 mai prochain à 10 heures devant la préfecture pour demander la priorité à l'embauche des Réunionnais. "C'est le moment de s'unir pour que les choses changent", affirme Gilles Leperlier, son président.

Le Journal de l'Ile de la Réunion : L'AJFER appelle à un rassemblement le 20 mai pour la priorité à l'embauche des Réunionnais. Pourquoi cette thématique ?

Gilles Leperlier : “Cela fait plusieurs années que l'on mène cette bataille pour l'emploi des Réunionnais. Au début, on nous a traités de raciste, d'extrémiste, de lepéniste. On a même reçu des menaces au domicile des parents. De par le travail de sensibilisation, les distributions de tracts, les actions qu'on a pu mener, on voit qu'il y a une mobilisation plus importante. Il y a plusieurs raisons à notre rassemblement.

L'emploi est la première des préoccupations dans notre île où le taux de chômage, atteint 60% chez les jeunes. Il était important de mener la bataille car la situation n'est plus tenable. Et l'embauche locale, c'est une des mesures qui peut résoudre le problème de l'emploi à la Réunion.

Aujourd'hui, un élu, un syndicaliste qui se lève le matin avec une autre préoccupation que l'emploi peut aller se rendormir. On se rend bien compte qu'il y a des postes disponibles et qu'ils échappent aux candidats locaux alors qu'ils sont compétents et diplômés… Ce qui nous a motivé également, c'est qu'il y a une unanimité sur cette question et donc maintenant, il faut passer à l'action.

La population accepte plus cette question de l'embauche des Réunionnais. Et tout le monde est d'accord : élus, syndicats… On a le gouvernement qui semble vouloir prendre des décisions dans ce sens. Et il vient de missionner le député Lebreton sur la régionalisation de l'emploi ... 

Il faut peser sur les décisions qui vont être prises. Et on appelle à la solidarité. C'est la première fois qu'il y aura un rassemblement pour l'embauche des Réunionnais. Il faut se mobiliser. On fait le rassemblement devant la préfecture, car l'emploi c'est la compétence de l'Etat. Et nos parlementaires doivent prendre leurs responsabilités…

La mission Lebreton sur la régionalisation de l'emploi ne peut pas suffire, selon vous. Qu'attendez-vous précisément d'une telle mission ?

Soit le gouvernement se penche sur la question, soit il prend des mesures concrètes. On a déjà eu des effets d'annonce, soit des circulaires, soit des rapports qui ont fini aux oubliettes et n'ont pas été suivi d'effet.

On l'a vu, après le Cospar, lors du CIOM, il y a eu une circulaire qui devait favoriser l'embauche des Réunionnais dans la fonction publique. On voit que cette circulaire n'est pas appliquée et qu'elle ne suffit pas.

Aujourd'hui, la priorité à l'embauche des Réunionnais, ce n'est plus seulement un mot d'ordre. L'heure n'est plus à la réflexion…Il faut passer à l'action. Il y a une situation exceptionnelle et il faut des mesures exceptionnelles. Il y a une injustice qui n'a que trop duré…

Justement, vous appelez à des mesures concrètes et urgentes. Quelles sont vos propositions ?

Nous avons des propositions très concrètes, qui peuvent être prises très rapidement dans le secteur public et le secteur privé. On l'a vu : il y a plusieurs vitesses dans la fonction publique avec des traitements différents…

J'ai rencontré un jeune qui a passé le concours d'infirmier en France, qui a eu deux CDD de six mois à l'hôpital de Saint-Pierre mais on ne l'a pas embauché car il était cafre. Du coup, il s'est installé en libéral. Il y a un manque de transparence dans la fonction publique. On fait toujours du cas par cas… Et on a différents systèmes de mutations et de différences de traitement dans l'éducation, la police, l'hôpital et même dans la justice.

Au tribunal de Saint-Pierre, un employé nous a dit que, dans son service, il y avait dix personnes et il était le seul Réunionnais. On voit bien que le problème est global et qu'il faut des mesures.

On doit donc avoir une gestion prévisionnelle de l'emploi afin de pouvoir adapter le nombre de places au concours et adapter les formations sur plusieurs années. Il faut qu'on sache trois ou cinq ans avant, combien de postes sont disponibles à la Réunion, aussi bien dans le privé que dans le public… C'est une nécessité d'anticiper pour que ces postes n'échappent pas aux Réunionnais. 

Autre mesure : il faut arriver à changer complètement le système de mutation. Il faut l'harmoniser pour que le système ne pénalise pas les Réunionnais. Actuellement, pour revenir au pays, soit le Réunionnais se suicide, soit il démissionne et change de métier. C'est la triste réalité. Le week-end dernier, j'ai rencontré un policier qui attend sa mutation à la Réunion depuis dix ans. Il m'a dit : soit il a sa mutation en juillet, soit il démissionne et reprend l'exploitation agricole de son papa. 

Dans le privé, on demande que les entreprises déposent leurs offres au pôle Emploi. Et après, où ils veulent : cabinets de recrutement, etc. Pourquoi les chômeurs sont obligés de s'inscrire au pôle Emploi et on n'oblige pas les entreprises à déposer leurs offres ? Pôle Emploi, ce n'est pas pour les chômeurs, c'est pour l'emploi.

C'est une question d'égalité des chances. Après, si Pôle Emploi ne trouve pas la personne compétente, l'entreprise pourra embaucher ailleurs. Il y a des Réunionnais installés à l'étranger qui souhaitent revenir travailler au pays. Pôle Emploi doit les recenser et leur faire part des offres. Ces propositions ne coûtent pas un euro de plus et sont rapides à mettre en œuvre.

Vous dites que de l'emploi existe dans notre île mais échappe aux personnes de la Réunion. Quels sont ces emplois ? Dans quels secteurs ?

Dans le secteur public, on parle souvent de l'Education et c'est cela qui fait le plus de bruit. On a des chiffres - qui n'ont jamais été démentis - selon lesquels, sur 1000 embauches chaque année dans l'Education Nationale, il n'y a que 100 Réunionnais. Le rapport Bédier l'a bien montré : dans la fonction publique d'Etat (catégories A, B et C), il n'y a que 49% de Réunionnais, hors enseignants. Et en catégorie A, il n'y en a que 27% de. On voit bien que les postes de cadres à la Réunion ont échappé aux Réunionnais.

Et cela représente énormément de postes. Un parlementaire disait récemment que depuis 2001, il y a 21 000 personnes de la France hexagonale qui sont venues occuper des postes à la Réunion. Ces chiffres viennent conforter encore plus la situation d'injustice. Si on ne fait rien, ce sont d'autres milliers de postes qui vont échapper aux Réunionnais. Or, dans les 15 prochaines années, il y aura 20 000 à 30 000 postes disponibles. Plus un poste ne doit échapper aux Réunionnais. Dans le privé, il y a 55% des offres qui ne passent pas par le Pôle Emploi.

Mais tout le monde ne trouvera pas de boulot. Il y a aussi des chômeurs non-diplômés ... 

Oui, mais on se rend compte aujourd'hui qu'il y a des postes avec peu de qualification qui échappent aussi aux Réunionnais. Parce qu'il n'y a pas cette égalité des chances, parce qu'il n'y a pas de transparence, parce qu'on n'accompagne pas les Réunionnais…Les besoins ne doivent pas être connus pour l'année mais pour du plus long terme.

On sait combien de personnes vont partir à la retraite, le type d'emplois à créer par rapport aux projets, les besoins de la population, les secteurs porteurs d'emploi –l'environnement, les énergies, l'aide aux personnes âgées, la petite enfance- on sait tout çà. Il faut anticiper ! On peut créer des emplois si tout le monde s'y met ! Et des emplois durables. Pas des emplois-magouilles. Pas des emplois aidés. Donner deux contrats par-ci, par-là ne résoudra pas le problème. Il faut une solution globale.

Propos recueillis par Juliane Ponin-Ballom - Clicanoo.re - Edition Abonnés - 16 mai 2013

"Dans la fonction publique, 51% des postes échappent aux Réunionnais"

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