Jeudi 1 décembre 2011
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Dans un souci de se rapprocher de la réalité vécue d'une de ses femmes réunionnaises, victime de violences conjugales, une femme d'une quarantaine d'année
accepte de nous recevoir chez elle, sous couvert d'anonymat bien-sûr.
Elle m’accueille dans son salon, très coloré. L'endroit est agréable et parfumé. C'est une belle maison où l'ordre et le rangement égalent la perfection. Seule
ombre au tableau: les poches sous les yeux et l'expression de lassitude et de résignation avec laquelle la propriétaire de maison me reçoit. Elle m’accorde sa confiance mais explique qu'elle est
pressée et me demande de faire au plus vite. Elle ne veut pas d'appareil photo ou que son nom soit cité, ni même la ville dans laquelle elle habite. Elle est stressée par la situation mais dit
vouloir parler, pour témoigner d'abord et ensuite pour la « soulager » un peu. Nous l'appellerons Marie. Mariée depuis une dizaine d'années et maman, Marie explique qu'au début
de son mariage tout se passait pourtant bien. Mais depuis quelques années, la situation s'est dégradée…
« Un jour, il a entendu que je le trompais. Les gens ont parlé et à partir de là il est devenu méchant. J'étais une femme coquète avant. Je mettais du
parfum et je portais des talons. Aujourd'hui, c'est lui qui décide ce que je vais porter, chaque matin avant d'aller au travail. Et je ne conteste pas parce que je sais très bien comment ça va se
finir sinon ».
Marie est battue depuis des années. Elle a décidé de tenir le coup et de se résigner à la situation, parce qu'elle a des enfants. Comme de nombreuses mères et
femme, elle concilie vie professionnelle et familiale. Mais, aujourd'hui, elle dit faire des va et vient incessant entre la maison et le travail. Elle explique ne plus avoir de vie et ne plus
avoir droit aux sorties.
« Je n'ai pas le droit de voir des copines. Je ne sors plus, même pas avec lui. Je reste à la maison et soigne mon intérieur. Quand je vais travailler,
j'emmène le téléphone que monsieur m'a acheté. Chaque soir, quand je rentre, il récupère le téléphone et vérifie si j'ai eu des appels ou des messages ».
« Les femmes modernes qui savent se faire respecter et aimer à leur juste valeur sont des guerrières des temps modernes »
Elle explique que ça n'a pas marché avec elle et que c'est son destin.
Alors que je lui parle de l’avenir, des associations qui peuvent lui venir en aide, des plaintes et surtout de l’anormalité de la situation, elle me répond que je
suis à mille lieux de sa réalité: « ou lé trop jeune pou compran sa ma fille », avant de poursuivre « j'ai perdu 20 kilos et je ne veux pas en parler. J'ai déjà porté
plainte et les policiers ne font rien pour m'aider. A chaque fois que j'ai porté plainte, la situation s'est empirée et il me le fait payer encore plus que d'habitude. Ça ne sert à rien et ça ne
me protège pas d'aller les voir. C'est facile à dire de réagir, de sortir de cette situation. Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est, vous n'êtes pas dans la
situation ».
Marie explique nostalgique qu'elle profitait autrefois de son salaire. Cette indépendance financière qu'elle avait gagnée et dont elle était fière, tout comme elle
se satisfait encore des diplômes qu'elle a obtenus en étant jeune.
« Avant je pouvais profiter de mon argent. Je m'offrais des bijoux...J'étais une femme trop sexy. Quand tu es une femme mariée, il y a des codes à
respecter. Je ne porte plus de jupes parce que je suis mariée et je l'ai compris. Il me dit que c'est irrespectueux d'attirer le regard des hommes sur moi. Quand tu te
maquilles et que tu te coiffes, c'est suggestif. Tu attires l'œil et les hommes n'aiment pas que tu te donne en spectacle. Il m'a traité de tous les noms, j'ai fini par y croire. On arrive à ne
plus vouloir être belle, sinon c'est sale... ».
Décontractée, Marie m'explique que ses relations sexuelles sont forcées. Constamment dénigrée, elle a elle aussi apprit à s'auto-dénigrer avec le temps. Entre
résignation et abandon, cette femme courage provoque chez moi l'indignation et aussi la peur. « i pe ariv'a ou osi ». Elle raconte, avec un sérieux et un calme déconcertant,
comment son mari la force à avoir des relations sexuelles en permanence : « Il me prend n'importe où, n'importe quand ».
Elle met fin à la conversation et me demande poliment de partir...avec mon témoignage de femme battue entre les mains. Sujet tabou, sujet
sensible et pourtant il faut en parler et « dire » pour ces femmes silencieuses, maltraitées dans l'ombre, battues et violées une fois que la porte du ménage est fermée.
Marie n'est pas la seule dans cette situation. Pourtant indépendantes financièrement, elles sont nombreuses à être maintenue
sous une pression psychologique, pression suffisamment forte et constante pour empêcher le moindre mouvement de révolte. Tenues par la peur d'être retrouvées ou poursuivies, ces femmes font le
choix de rester à la maison, de supporter ou encore de repousser le départ. Les autres, dépendantes financièrement, sont davantage prisonnières des violences conjugales. Soumise un peu plus car
non autonome sur le plan financier, la violence conjugale devient vite une prison. Prison que les associations n'arrivent pas à pénétrer totalement. Les non-dits et le silence dans lesquels ces
femmes s'enferment doivent tout de même trouver échos.
Que vous soyez témoin ou victime de violences conjugales, appelez le 115.
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